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Ma Vie, Ma Tunisie.

Avant-propos ??
Je suis né à Tunis dans une famille musulmane traditionnelle de neuf enfants, pareille à n’importe quelle autre. J’ai gardé de mon enfance des souvenirs paradisiaques. Mais j’ai perdu très vite la légèreté d’esprit propre à cet âge. Avec le recul, je constate que j’en ai été privé par les cinq années d’enfer qu’a vécues entre 1975 et 1980 ma famille livrée à l’infiltration islamiste[1]. Ce bouleversement qui m’a marqué pour le reste de ma vie préfigure ce qu’a vécu la Tunisie en 2011[2]. En effet, ce qui arrive au niveau d’un pays arrive aussi au niveau d’une ville, d’une famille, d’un individu. Nous sommes l’histoire, souvent à notre insu. Il me semble important aujourd’hui de témoigner de cette descente aux enfers et de porter au grand jour mon vécu dans la mouvance islamiste. Je décrirai les mécanismes et les méthodes qui ont conduit ma famille à adhérer aux théories islamistes, ses hésitations, ses déchirements, son éclatement, puis mon histoire personnelle dans les rets d’un mouvement chiite international à l’idéologie messianique qui continue aujourd’hui d’œuvrer en toute impunité après avoir transféré ses bases de l’Iran vers la Syrie et l’Irak.
Mon objectif est de dénoncer la stratégie d’attaque islamiste à travers l’exemple de ce réseau d’élite chiite : la ligne Rissali. Ce réseau ne diffère pas d’autres mouvements islamistes qui exploitent une jeunesse candide en quête d’identité. Je le prends comme exemple car j’en connais toutes les ficelles, idéologies et façons d’agir, en ayant été un membre actif. Depuis que je me suis libéré de son emprise, je ne cesse de souligner le danger que représentent ces mouvements. Je crois urgent que le monde actuel prenne conscience du pouvoir des réseaux islamistes qui manipulent un public ignorant de l’histoire réelle de l’islam en utilisant un double langage et en misant sur une pluralité de méthodes. Cela va du prosélytisme dans les activités associatives au terrorisme physique, intellectuel et politique, en passant par la censure, la négation du droit à la différence et l’imposition d’un modèle de pensée unique au nom d’Allah[3].
Les musulmans, du plus radical au plus pacifiste, ont en commun un rêve formulé dans le Coran, sourate 21, « Les prophètes », verset 105 :
Et nous avons en vérité écrit dans le Zabur[4] après l’avoir mentionné dans le Livre Céleste[5] que mes bons serviteurs hériteront de la terre.
Chaque école, secte ou mouvement islamique se considère comme « le bon serviteur » d’Allah qui suit le droit chemin à travers l’obéissance à ses règles. La « terre promise » dont il est question s’interprète de différentes façons selon les exégètes. Il peut s’agir du monde terrestre en général, de Jérusalem en particulier, ou du paradis promis au juste après sa mort comme l’enseignent les traditions préislamiques. Mais les islamistes débordent résolument la dernière interprétation : s’ils combattent la mondialisation issue du monde occidental, ce n’est pas par amour de l’humanité mais bien parce qu’ils croient détenir la vérité absolue sur ce verset : selon eux, l’islam est destiné à soumettre le monde terrestre.
Cette volonté de puissance alimentée par une persuasion aveugle use d’une stratégie féroce que l’on découvrira au long de ce livre. L’islamisme infiltre les mouvements d’opposition internes, les nationalismes arabes et l’opposition à l’Occident dans les pays du Tiers-Monde. Le recrutement sauvage de futurs islamistes ou pro-islamistes se fait à l’échelle internationale et partout, dans les familles, la rue, les institutions publiques et privées, sur Internet. Il touche essentiellement des jeunes livrés à eux-mêmes, avides de se conformer aux préceptes d’une « autorité sacrée » faute d’avoir été protégés par une tutelle parentale, familiale et sociale efficace. Des individus faibles psychologiquement, en échec dans leur vie, illuminés, ou encore assoiffés de pouvoir, d’argent ou de considération. Ce recrutement a pour but de contrer « l’impérialisme judéo-chrétien qui opprime les faibles ». L’islamisme se porte au secours de ces opprimés et prétend les libérer en leur imposant son propre impérialisme à travers sa culture et son mode de pensée.
Je crois primordial de nous mobiliser, gouvernements, tissu social et individus, pour faire face à ces personnes qui, au nom d’Allah, ne commettent rien d’autre que des crimes − contre eux-mêmes en premier lieu, contre leur société et l’humanité en second lieu. Leurs supérieurs dans la hiérarchie islamiste les exploitent. Ils ne leur inoculent la peur du châtiment divin que pour arriver à leurs propres fins politiques et personnelles.
Écrire après toutes ces années est un effort auquel me pousse la situation insécuritaire internationale, conséquence de l’enchaînement des événements depuis l’attentat du 11 septembre 2001 aux USA : la colère des peuples qui a jailli du soulèvement tunisien le 14 janvier 2011, les révoltes qui se sont succédées dans plusieurs pays − l’Égypte, le Yémen, la Libye, la Syrie −, la création de l’EI (Etat islamique) en Irak et en Syrie, sa défaite, la montée en puissance de l’hégémonisme arabe caché derrière l’islam et en particulier derrière la tendance chiite iranienne, la perte d’identité et la décadence gravissime des peuples arabisés de force et colonisés au nom de l’islam arabe[6]. Enfin, la restriction générale des libertés et la montée des partis politiques conservateurs pro-nationalistes et pro-confessionnels face au terrorisme islamiste dans le monde, comme en Amérique avec l’arrivée de Donald Trump.
Ce livre vise à mettre en garde les jeunes contre la spirale infernale dans laquelle ils s’engagent à l’aveuglette et dont ils auront tant de mal à s’extirper ensuite. J’espère que ce témoignage retiendra certains lecteurs sur une pente désastreuse et permettra aux autres de comprendre le côté obscur de l’islam et la réalité menaçante des desseins islamistes. Nous devons impérativement tendre la main aux jeunes exclus de la société, entendre leur histoire, les aider à construire leur vie, leur redonner goût et espoir pour qu’ils ne soient pas la proie de ces ennemis de l’humanité. Leur réhabilitation est de l’intérêt général.
Cette œuvre expose aussi mon humble avis sur les conflits internationaux où l’islam joue un rôle central : ces rivalités provoqueront une catastrophe d’envergure mondiale si on ne prend pas des mesures d’urgence pour les désamorcer. Souhaitons que les pays développés qui prônent la laïcité, la liberté, l’égalité et l’humanité soutiennent les libres-penseurs loyaux à leur pays, et non les dictateurs qui cherchent des accords avec eux pour servir leur propre intérêt. Qu’ils aident positivement les pays sous-développés à parvenir à la civilité et au modernisme, sans exiger d’eux qu’ils se soumettent à leur système économique ou politique. En effet, le développement de ces pays est l’intérêt de toute l’humanité. À travers ces pages où je tisse mon vécu, je souhaite faire comprendre la distinction entre l’islam proprement dit et l’islam orthodoxe. J’appelle à une prise de conscience des droits à la différence, à la diversité, à la liberté.
Cette nouvelle écriture est justifiée également par mon insatisfaction après une première publication de ce témoignage. J’ai commencé la première version en arabe en 1987, pendant ma détention à l’arrivée au pouvoir de Ben Ali. C’est en 1990, une fois revenu en France depuis la Syrie, que j’ai décidé de livrer mon expérience aux lecteurs avec toute la colère d’un cœur blessé qui refuse de renoncer. Ma vie étant instable, je ne pouvais pas publier seul. Avant de me retirer en Tunisie puis au Maroc, j’ai confié cette mission à une de mes sœurs, croyant qu’elle transmettrait ce témoignage fidèlement. Malheureusement, ça n’a pas été le cas. La version française éditée en 1997 chez Flammarion sous le titre Karim, mon frère ex-intégriste terroriste[7] s’éloigne du message que je voulais faire passer : les informations y sont manipulées et interprétées pour servir des intérêts politiques et personnels. Cette fois, j’ai décidé de ressortir ce témoignage sous mon propre nom et à la première personne. J’ai supprimé tout qui ne venait pas de moi et qui n’avait rien à voir avec mon expérience, mon caractère et mon objectif : la dénonciation de l’islam politique.
Je précise que ce témoignage est autobiographique. C’est mon propre vécu et mon point de vue personnel. Les autres personnages ne sont présents que dans la mesure où leurs faits et gestes participent à l’histoire, et je me contente de citer les personnalités publiques de l’époque sans autre intention. Peu importent les conséquences fâcheuses que cela peut entraîner pour moi si le fait de m’exprimer à haute voix participe à la paix dans le monde. Comme on dit, « la terre est ronde et le soleil est pour tout le monde ». La joie est invincible. Nous devons y croire pour accéder à des jours meilleurs pour l’ensemble de l’humanité.
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[1] Le terme islamisme désigne l’islam orthodoxe, interprétation à la lettre des dogmes islamiques. Cet usage est attesté en français depuis le XVIIIe siècle : Voltaire l’utilise à la place de mahométisme pour signifier « religion des musulmans ». Depuis la chute de l’Empire ottoman début XXe siècle, il désigne l’islam politique radical.
[2] Le 14 janvier 2011, le président Ben Ali fuit pour l’Arabie Saoudite après vingt-trois ans au pouvoir à l’issue d’une révolte populaire déclenchée par l’immolation d’un jeune vendeur ambulant de Sidi Bouzid. Le pouvoir est alors rapidement confisqué par le parti islamiste Ennahdha.
[3] Allah : dieu de l’Arabie préislamique issu du dieu mésopotamien El, choisi par l’islam comme Dieu unique.
[4] Zabur : livre contenant les louanges attribuées au roi David.
[5] Livre Céleste : le livre sacré qui est auprès d’Allah.
[6] L’islam arabe est la religion apparue il y a 1 400 ans en Arabie, liée aux habitudes et traditions arabes. C’est à elle que se réfère l’islam orthodoxe, qui refuse toute évolution et adaptation au changement.
[7]Ce livre a été attaqué pour diffamation par Salah Karkar, un des dirigeants du MTI et de la tentative de coup d’État islamiste en Tunisie en 1987, et mon propre beau-frère. Nous avons gagné ce procès en appel et en cassation. SK, reconnu par le Conseil d’État comme terroriste notoire agissant en Europe et au Moyen-Orient, est assigné à résidence en 1993 à Digne-les-Bains, dans le sud-est de la France.

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